Querelle picrocholine sur l’acide hyaluronique

Source: LA LETTRE 97, Mai 2011

L’Ordre des médecins met en cause notre capacité à procéder à des injections d’acide hyaluronique dans la sphère buccale. Et réécrit, pour ce faire, le Code de la santé publique…

Les chirurgiens-dentistes ont la capacité professionnelle à réaliser des injections d’acide hyaluronique dans la sphère buccale, quand bien même ce n’est pas l'analyse qu’en fait l’Ordre des médecins. Le Conseil national vient de le rappeler dans un courrier adressé au Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et au ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé.

Le CNOM a en effet récemment émis des réserves auprès de notre tutelle de la santé quant à la possibilité pour les docteurs en chirurgie dentaire de procéder à des injections d’acide hya luronique dans la sphère buccale et autour de la bouche, contestant la déf inition, jusque-là admise, de «tissus attenants ». En outre, le CNOM est ime que, lorsque les tissus faciaux cutanés sont modifiés par des rides inesthétiques au niveau du coin des lèvres ou du sillon naso-facial, « la correction de ces anomalies relève de la médecine pratiquée par les docteurs en médecine spécialement qualifiés.»

Le CNOM ajoute que « le traitement de préjudices esthétiques affectant l’harmonie d’une expression faciale perdue au fil des agressions du temps peut relever de la chirurgie plastique reconstructrice esthétique »…

Un argumentaire orienté

Cet argumentaire, qui tend à réduire notre capacité professionnelle, est évidemment orienté, ce qu’a indiqué le Conseil national dans un courrier adressé au ministère de la Santé. Il rappelle que « L’article L. 4141-1 du Code de la santé publique a été modifié par la loi du 9 août 2004 pour être en conformité avec la directive […] visant à la coordination des dispositions législatives réglementaires et administratives concernant les activités du praticien dentaire. Avant cette modification, l’article cité ne mentionnait pas les tissus attenants. […] Si le législateur a souhaité ajouter les tissus attenants, c’est pour entériner une extension de notre capacité qui s’exerce depuis cet te date avec des actes comme les soulevés de sinus maxillaires ou les injections d’acide hyaluronique dans la sphère buccale. »

Le Conseil national rappelle également que, lors de leur formation initiale, les étudiants en chirurgie dentaire assistent à des cours et des stages de dermatologie.

Motifs de santé publique

Et le Conseil national de conclure, « la chirurgie dentaire a évolué depuis 15 ans et est devenue très performante. Nous comprenons que cela dérange certains médecins dans un contexte de développement de la médecine esthétique. Mais nous n’acceptons pas, pour des motifs qui nous semblent malheureusement mercantiles et non de santé publique, de transiger sur notre capacité professionnelle. »