L’injection d’acide hyaluronique entre pleinement dans notre capacité

Source: LA LETTRE 93 Décembre 2010

Le Conseil national a écrit au ministère de la Santé pour rappeler que, en vertu du Code de la santé publique, les praticiens de l’art dentaire disposent bien de la capacité à réaliser des injections d’acide hyaluronique à visée esthétique dans la sphère buccale et péribuccale.

Pour le président de la Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, l’injection d’acide hyaluronique réalisée par des chirurgiensdentistes sur le contour de la bouche comporterait des risques pour la sécurité des patients !

L’injection d’acide hyaluronique dans la sphère buccale et péribuccale relève bien de la capacité professionnelle des chirurgiens-dentistes. C’est en substance le message que le Conseil national a tenu à faire passer dans un courrier adressé conjointement à Roselyne Bachelot, alors au poste de ministre de la Santé, Didier Houssin, directeur général de la Santé, Michel Legmann, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, et Claude Le Louarn, président de la Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique. A l’origine de cette mise au point : un courrier envoyé par le dernier cité à la ministre de la Santé de l’époque (dont il a eu la correction d’adresser copie au Conseil national) de laquelle il sollicitait « une réponse précise concernant la possibilité, au regard de la réglementation en vigueur, pour les chirurgiens-dentistes de pratiquer des injections à visée esthétique sur le contour de la bouche ». Pour Claude Le Louarn, il semble clair que ce type d’acte n’entre pas dans le périmètre de la capacité professionnelle des chirurgiens-dentistes. Il écrit ainsi dans son courrier : « Jusqu’à aujourd’hui le mot “bouche” concernait à notre connaissance pour les dentistes (sic) la partie intrabuccale muqueuse. »

Il va même jusqu’à évoquer « des risques pour la sécurité des patients » s’agissant de ce type d’injection réalisé par nos confrères.

Petit rappel (nécessaire) du code de la santé Publique…

Le Conseil national lui a donc répondu. Avec précision. Dans son courrier, s’appuyant sur les termes de l’article L. 4141-1 du Code de la santé publique, le Conseil national souligne que la capacité professionnelle du chirurgien-dentiste n’est nullement limitée à la zone intrabuccale. En effet, le Code de la santé publique la définit comme suit : « La pratique de l’art dentaire comporte la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies congénitales ou acquises, réelles ou supposées, de la bouche, des dents, des maxillaires et des tissus attenants, dans le respect des modalités fixées par le Code de déontologie de la profession mentionné dans l’article L. 4127-1. »

Le Conseil national précise également que « les chirurgiens-dentistes sont amenés, dans leur pratique, à gérer des cas beaucoup plus importants » que les injections d’acide hyaluronique tels que « les greffes gingivales et des tissus osseux (traitements des défauts parodontaux, sinus lifts, greffes d’apposition par prélèvements mentonniers ou ramiques…) ou encore l’implantologie. De plus, l’avènement des PRF, que les chirurgiens-dentistes emploient couramment en chirurgie parodontale ou implantaire, montre bien que notre profession maîtrise aussi les facteurs de croissance. Les chirurgiens-dentistes en ont été les promoteurs ! » Qu’il s’agisse de la bouche, des maxillaires ou des tissus attenants, il relève bien de la capacité des chirurgiens-dentistes de reconstruire l’harmonie d’une expression faciale perdue au fil des agressions du temps. D’un point de vue thérapeutique, le Conseil national souligne que « l’injection d’acide hyaluronique, pratiquée par les chirurgiens-dentistes, permet souvent d’influencer durablement et de façon significative l’apparence de la lèvre supérieure une fois que les fondations (les dents) ont été restaurées. » Ainsi, le périmètre de notre capacité professionnelle comprend la réalisation des injections d’acide hyaluronique dans la sphère buccale mais également dans le sillon nasogénien ou encore dans les rides d’amertume.

Au-delà de la sphère buccale, le sillon nasogénien ou les rides d’amertume font également partie intégrante du périmètre de notre capacité professionnelle.

Pas de botox au cabinet dentaire

Précisons que pour ce type de soins, une approche pluridisciplinaire odontologique est recommandée impliquant le concours de l’orthodontie, de soins restaurateurs, de parodontologie et de prothèse (facettes céramiques, facettes liftantes par création de volume plus important), ainsi que de la chirurgie. Par ailleurs, un décret en cours de rédaction fixera les conditions de réalisation des actes à visée esthétique. Le Conseil National de l’Ordre est intervenu auprès des autorités de tutelle afin que les chirurgiens-dentistes soient concernés par ce décret. En revanche, s’agissant du Botox, ce produit est soumis à une réserve hospitalière. Il ne peut par conséquent pas être utilisé au cabinet dentaire.